« Les Prix 3535 mettent en exergue tous ces travaux réalisés par les jeunes Francophones »

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Didier Lalaye est un médecin tchadien de 32 ans. Lauréat de la première édition des Prix de la Francophonie3535, il évoque avec nous ses ambitions et projets futurs dans cet entretien réalisé par courrier électronique.

Présentez-vous, quel est votre parcours ?

Didier Lalaye : Je suis Didier Lalaye, médecin tchadien de 32 ans. J’ai fait entièrement mes études au Tchad du primaire à l’université à la Faculté des Sciences de la Santé où j’ai obtenu mon doctorat. Mes études secondaires ont été bercées par une envie farouche de faire des études de mathématiques et créer des jeux-vidéos spécialement africains. Mais j’ai dû me rendre compte très vite que c’était de l’illusion parce que mes parents ne pouvaient pas me payer ces études qui ne se faisaient qu’en Europe. Après mon bac C, je suis entré en faculté de médecine. L’envie d’innover n’a pas disparu et je me suis retrouvé à réfléchir à créer un modèle de e-médecine adaptable en milieu rural. Actuellement en spécialité e-médecine  à la University Medical Center (UMC) à Utrecht en Hollande, j’espère vivre ma passion en alliant Santé et Technologie.

Parlez-nous de Dawa Mobile Health…

D.L : Il s’agit d’une unité mobile de dépistage et de prise en charge de la Bilharziose dans les villages de la sous-préfecture de Torrock (50 000 habitants) dans le Mayo Kebbi Ouest comme projet pilote. Ceci, en mettant en place des laboratoires dans des centres de santé. Le contact avec les groupes cibles est établi par téléphone. Tous les parents désirant faire des examens aux enfants qui présentent des problèmes urinaires envoient un message sur un numéro spécial communiqué à tous. Les rendez-vous sont alors pris et les prélèvements ont lieu sans que les enfants n’aient à se déplacer. Les résultats sont donnés par sms. Ceux qui sont déclarés positifs  reçoivent leurs médicaments livrés directement à domicile. Et ceci selon le schéma suivant :

Le représentant

Le représentant dans un village ou dans un quartier doté d’un téléphone portable est chargé d’envoyer des messages de demande de prélèvement pour les parents qui ne peuvent pas le faire eux-mêmes. Il est chargé de faire le lien entre les parents et l’unité car le message est envoyé à un agent à vélo.

Un agent de liaison

Il reçoit le message d’un parent ou d’un représentant, il va à vélo faire des prélèvements sur les sites et les rapporter au laboratoire du centre de santé pour les analyses, après avoir pesé l’enfant, noté son nom, et après lui avoir attribué un code. Il est également chargé de livrer les médicaments.

Le laborantin

Fait toutes les analyses médicales de l’urine rapportée par l’agent de liaison. Il informe le médecin des cas positifs de bilharziose en mentionnant nom, prénom et poids de l’enfant.

Un médecin

Reçoit par internet ou sms les résultats d’urine du labo, calcule les doses des médicaments selon les poids des enfants et envoie le nombre de comprimés à avaler par chaque enfant au pharmacien.

Un pharmacien

Chargé d’acheminer les médicaments en mentionnant les nom et prénom du patient sur l’emballage. Le pharmacien envoie un message à l’agent de liaison qui se charge ensuite de livrer le traitement dans les familles.

Le labo fait tous les examens comme un labo normal de centre de santé, les recettes permettent de rémunérer le personnel, de renouveler les consommables et de garnir la caisse sociale.

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Comment est née l’idée de ce projet ?

D.L : Une étude dans la zone de Torrock (sous-préfecture de 50.000 habitants) en vue de la rédaction d’une thèse de Doctorat en médecine en 2013 a permis de découvrir que plus de 50% des enfants âgés de 1 à 14 mois de l’échantillon souffrent de problèmes urinaires, 75% ont pu être consultés. Les résultats des examens d’urine ont montré que ­27 ,8 % de l’échantillon portaient les œufs de la bilharzie.

La bilharziose représente le deuxième problème de santé publique au Tchad (le paludisme est le premier) mais il n’y a aucun programme national la concernant. Cette maladie ne se manifeste pas de façon aigue donc est souvent ignorée or les complications sont très néfastes, allant de la simple baisse de sang dans le corps au cancer de la vessie (70% des cancers de la vessie au Tchad sont une complication de la bilharziose), en passant par l’inflammation des organes génitaux et la stérilité.

Deuxièmement, il existe des centres de santé dépourvus de laboratoire, ce qui ne permet pas d’établir un diagnostic de certitude.

Les enfants souffrent de problèmes urinaires qui ont des complications très néfastes à long terme, allant de la simple douleur et de l'anémie au cancer de la vessie. Au niveau de la société, la découverte souvent au stade de complication ne permet pas de sauver certains patients déjà invalides; ce qui constitue un manque à gagner pour l'économie de la société

Il n'y a pas de structures  adéquates ni de personnel qualifie dans les zones d'endémie.

L'accès aux soins et aux examens biologiques est donc difficile non pas seulement pour la bilharziose mais pour toutes les maladies en général.

Ce sont donc entre autres, les raisons qui m’ont poussé à initier ce projet.

Dawa Mobile Health fait son bonhomme de chemin, parlez-nous de son impact

D.L : Non seulement Dawa Mobile Health a permis de diagnostiquer plus de 2500 enfants et d’en soigner plus de 600 atteints de bilharziose, elle a permis également à la population d’avoir enfin accès aux examens biologiques. Ceci permet de faire des diagnostics de certitude pour un traitement orienté alors les prescriptions avant le projet n’étaient que probabilistes. Aujourd’hui 3 unités ont été créées dans la zone et comme nous l’avons souligné plus haut le labo ne s’occupe pas seulement de la bilharziose mais fait tous les examens biologiques que peut faire un laboratoire moyen. Le projet a reçu en juin 2014 le Prix de l’Innovation Humanitaire à Abidjan. Invité au sommet des prototypes à Stockholm en Novembre 2014. Prix de l’innovation humanitaire à N’Djamena au Tchad en février 2015. Invité au Forum Mondial de la Langue Française en juillet 2015 à Liége. Finaliste de « La France s’engage au Sud » 2015. Startupper de l’année de Total au Tchad en mars 2016 et Finaliste de Creative Business Cup à N’Djamena en 2016.

Quelle est votre vision à long terme ?

D.L : Bien qu’il s’agisse pour moi de répliquer le projet dans toutes les zones nécessiteuses, j’estime qu’il faut à la base asseoir un projet pilote pour servir d’exemple. Cela passe donc par une cartographie de l’endémie de la bilharziose, une étude anthropologique pour comprendre l’attitude la population face à la maladie ainsi que l’identification d’autres maladies négligées. Notre vision pour 2017 quant à elle, est la suivante :

Le bus Labo (Laborantin-chauffeur,)

Il est chargé des examens plus approfondis qui ne peuvent pas être faits par des prélèvements simples. Il va de village en village dans les centres de santé pour faire des examens biologiques et qui ne concernent pas seulement la bilharziose, ainsi que l’échographie aux femmes enceintes. Mais le bus n’est pas encore acquis, il est inscrit dans la feuille de route 2017. Il s’agit de doter le projet d’un bus ou d’un van qui sera aménagé en laboratoire et autres appareils facile à transporter afin de faire des examens sur place dans les villages selon un calendrier de rotation bien établi.

E-microscope

L’e-microscope, adaptable au téléphone portable a été conçu par les étudiants en électronique médicale à Amsterdam en Hollande. Il coute environ 100 euros. Il s’agit d’une loupe agrandissant à 180x(Le schistosomia hamatobium est visible à partir de 60x de grossissement), posé sur l’objectif d’un téléphone Android. L’image à l’écran s’obtient comme une photographie qui peut être partagée comme n’importe quelle image ordinaire.Cela s’avère utile en ce sens que son utilisation ne nécessite pas de connaissances particulières en technique de laboratoire.

Ainsi, plusieurs personnes peuvent être  formées pour devenir agents sur le terrain en vue d’un dépistage massif ; les images seront envoyées dans un service central dirigé par un spécialiste qui élabore les diagnostics. Ceci permettra à la Mobile Health de réaliser des examens biologiques de bilharziose à distance, grâce à des agents répartis à travers les villages. Les images seront envoyées à un laborantin qui se chargera de poser les diagnostics et renvoyer à un médecin pour les prescriptions. Le schéma suivant montre le fonctionnement de la Mobile Health avec l’E-microscope

L’E-échographie

L’E-écographie est une sonde d’échographie adaptée à une tablette numérique et qui sera utilisée dans le bus-labo pour diagnostiquer les complications de la bilharziose mais aussi pour les échographies pour d’autres maladies ainsi que les grossesses. Les images seront également envoyées à un spécialiste en cas de doute du technicien sur le terrain.

Ce procédé va permettre à la population d’avoir un examen de proximité de bonne qualité. Ainsi, le médecin dans le bus fait les échographies et donnent les résultats pour les cas qu’il descelle, ceux qui dépassent son domaine de compétence seront envoyés à un spécialiste qui les communiquera ensuite à un chirurgien qui prendra la décision quant à la prise en charge de cette complication qu’il communiquera à son tour au médecin. Ce dernier pourra donc organiser l’intervention.

Applications

La phase test a utilisé l’application WhatsApp et Imo. Tous les intervenants sont réunis au sein d’un groupe et font circuler les images et les interprétations. Nous pensons développer un modèle d’application adapté spécialement à notre cas pour faciliter la communication entre le personnel de la M-Health.

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Comment avez-vous accueilli votre nomination parmi les 35 Jeunes Innovateurs qui font bouger l’espace francophone en 2016 ?

D.L : Ça a été une nouvelle que j’ai accueillie avec beaucoup d’enthousiasme, non pas seulement parce que je suis nominé parmi ces 35 jeunes innovateurs, mais c’est pour ce travail qui est fait pour mettre en exergue tous ces travaux réalisés par les jeunes Francophones. Ce qui pour est une façon d’encourager les créateurs à faire mieux et à faire confiance en leurs réalisations.

Des conseils pour ceux qui vous lisent et voudraient s'inspirer de votre expérience pour réaliser leurs projets ?

Je crois que je ne suis pas très doué en matière de conseils, mais j’estime juste que la jeunesse aujourd’hui doit oser. Le savoir n’a pas de connotation géographique, il n’existe pas d’hégémonie en matière de savoir. D’où qu’on vienne, on peut réussir si on a foi à ce que l’on fait.



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